
Industrie du camionnage : perspectives actuelles et d’avenir (1ère partie de 3)
Par : Maryem Ahbib
Nous mettons la lumière dans cet article sur l’importance du camionnage dans la chaîne logistique de toute entreprise, la gouvernance au sein de cette industrie, la gouvernance de cette industrie que ce soit au niveau canadien ou québécois. Par la suite, nous exposerons la structure de l’industrie du camionnage, les segments du marché qu’elle couvre au niveau intraprovincial, interprovincial et transfrontalier. Ensuite, nous mettrons l’accent sur l’importance du support technologique dans l’industrie du camionnage et, finalement, nous exposerons l’influence néfaste du camionnage sur l’environnement. Dans la discussion, nous exposerons un ensemble de recommandations susceptibles de participer dans l’amélioration de l’avenir de l’industrie du camionnage.
L’importance du transport de marchandises dans la chaîne logistique
« Le moyen de transport idéal serait instantané, gratuit, de capacité illimitée, disponible à la demande ». Merlin (1992).
Auparavant, il était question pour l’entreprise de réaliser des profits à l’interne et de créer un avantage compétitif en maximisant ses propres compétences. Cependant, l’évolution des marchés a connu une tournure importante à la suite de la mondialisation des marchés. Les entreprises se sont donc adaptées aux attentes actuelles qui se basent surtout sur la flexibilité de la production de l’entreprise, sa rapidité d’exécution et les coûts globaux adjacents.
Avec cette évolution des marchés, la logistique n’est pas ignorée par les décideurs mais est plutôt considérée dans les pratiques exemplaires qui font la réussite de l’entreprise d’aujourd’hui. En effet, le service accompagnant les activités de base de l’entreprise a grandement évolué durant ces dernières décennies, allant du simple transport des produits à l’implication du fournisseur dans l’ensemble des maillons de la chaîne d’approvisionnement.
De fait, le concept « logistique » a connu une certaine mutation, allant de la logistique - « une collection de fonctions relatives aux flux de marchandises, d’informations et de paiement entre fournisseurs et clients depuis l’acquisition des matières premières jusqu’au recyclage ou à la mise au rebut des produits finis » (The Logistics Institue (TLI), 1996))- à la chaîne logistique - « ensemble de flux, d’information, de compétence et financiers qui relient les clients et leurs fournisseurs depuis les matières premiers jusqu’aux utilisateurs finaux… formée par une continuité de processus … pour satisfaire les besoins des clients » (Yvon Bigras, 2004) - et ensuite à la chaîne logistique intégrée - « la coordination systémique, stratégique, des fonctions opérationnelles classiques et de leurs tactiques respectives à l’intérieur d’une même entreprise et entre des partenaires au sein de la chaîne logistique, dans le but d’améliorer la performance à long terme de chaque entreprise membre et de l’ensemble de la chaîne. » (Mentzer et al. (2001), cité dans Burgess K., Singh P. J., Koroglu R., 2006, Supply chain management : a structured literature review and implications for future research, International Journal of Operations & Production Management, Vol. 26 No. 7. pp. 703-729) -.
Le schéma représenté dans la figure 1 illustre l’état actuel du processus soutenu par la chaîne logistique.:
Le schéma illustre bien tout le processus de la chaîne logistique que doit suivre en général toute marchandise à partir du fournisseur du fournisseur jusqu’au client du client. Comme nous pouvons l’apercevoir, les fonctions de base de la chaîne logistique (a) nécessitent l’implication du transport de la marchandise et des personnes (b), d’autre part, l’infrastructure (c) constitue le support des activités de transport. L’ensemble de ces activités nécessite le recours à des systèmes de pilotage (d), soit les flux informationnels, qui seront sûrement supportés par des technologies d’information nécessitant une infrastructure télécommunicationnelle (e) pour circuler correctement. Tout ce processus doit s’autogérer dans un contexte économique, social et environnemental (f) de manière à équilibrer ses besoins avec les ressources disponibles.
Nous constatons que le transport est essentiel au bon fonctionnement de toute la chaîne logistique de chaque entreprise. Cela est attribuable à la nécessité de transporter tout produit fabriqué d’un point à l’autre pour le destiner enfin au dernier consommateur; remarquons que tout ce que nous utilisons dans notre vie quotidienne a été généralement transporté à plusieurs reprises. Cette activité primordiale au bon fonctionnement de toute économie a beaucoup évolué à travers les siècles. Actuellement, les quatre modes de transport - maritime, aérien, routier et ferroviaire - interagissent progressivement pour augmenter leur efficacité, diminuer les temps de livraison, atteindre un niveau de qualité élevé et minimiser les coûts.
L’importance du camionnage dans le transport de marchandises
En se référant à Transports Canada (2007), 59 % de la valeur des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis est attribuable au camionnage, 17 % au train, 14 % aux pipelines, 6 % à l’avion et 4 % au transport maritime. Nous ne pouvons passer sous silence que 87 % des exportations du Canada sont à destination des États-Unis (Industrie Canada, 2002), il est donc à constater que plus de la moitié des exportations canadiennes est soutenue par le transport routier.
D’autre part, le transport routier a un apport considérable pour le commerce du Canada comparativement aux autres modes de transport. En effet, le transport routier est le premier mode de transport en importance pour sa contribution au PIB du transport au Canada avec un pourcentage de 35 %, suivi par l’apport du transport ferroviaire (13 %), du transport aérien (9 %) et du transport maritime (3 %) (Statistiques Canada; 2005).
De plus, le camionnage constitue l’activité de transport la plus utilisée mondialement pour le transport de marchandise car cette dernière doit de toute manière finir, sauf quelques rares exceptions, dans un camion pour arriver à sa destination finale. Donc malgré que le camion soit plus lent que le train et moins écologique que le bateau, il s’avère privilégié entre autres par sa capacité d’arriver à des points de distribution que les autres modes de transport ne peuvent atteindre.
La gouvernance de l’industrie du camionnage au Canada
Le grand portefeuille des transports et des collectivités (TIC) est l’organisme qui chapeaute la gouvernance du transport au Canada. Il regroupe le ministère des Transports, Infrastructure Canada, l’Office des transports du Canada, le Tribunal d’appel des transports du Canada et 16 sociétés d’État.
Le ministère des Transports du Canada
Créé en 1936 par la Loi sur le ministère des Transports, le ministère était responsable d’une large gamme de services des différents moyens de transport civil et de marchandise jusqu’en 1994 ou le ministère a fusionné trois institutions majeurs : le ministère des Chemins de fer et Canaux, le ministère de la Marine et la Direction de l’aviation civile du ministère de la défense nationale.
En ce qui à trait à la route, le ministère était responsable majoritairement, depuis 1971, du domaine de la sécurité routière en fixant les normes et règles ainsi que le partage de décisions pour le financement de l’infrastructure routière. Toutefois, depuis mai 2003, le ministère a délégué ses pouvoirs aux provinces en leur permettant de réglementer les transporteurs routiers qui franchissent les frontières provinciales.
Infrastructure Canada
Infrastructure Canada est un nouveau ministère canadien qui date seulement de 6 ans (créé en 2002). La mission de ce ministère est de « gérer et diriger la participation du gouvernement fédéral au développement et à la mise en œuvre d’une stratégie à long terme visant à répondre aux besoins du Canada en matière d’infrastructure moderne » (Infrastructure Canada, 2007). Comme le ministère des Transports, mais de manière plus approfondie, il s’implique dans les décisions influentes sur le budget à allouer aux infrastructures.
Infrastructure Canada ne constitue pas « le propriétaire » des routes du Canada, en effet, seulement 1100 km échappent à la gouvernance des différentes provinces canadiennes disposant d’un ensemble de 1,4 millions de km. Infrastructure participe tout de même dans les prises de décisions à propos du réseau routier mais sans établir des normes, tâche appartenant au ministère des transports.
Le ministère Infrastructure Canada met beaucoup l’accent sur le développement des technologies d’information, comme le Système Partagé de Gestion de l’Information pour les Infrastructures (SPGII) permettant aux différentes partis (municipalités, entreprises, provinces, etc.) de demander des financements par ligne. D’autre part, la protection de l’environnement et le développement durable font partie intégrante des objectifs du ministère, en effet, Infrastructure Canada a fusionné tout récemment avec l’InfoGuide, œuvrant dans le développement durable des municipalités depuis 2001.
L’Office des transports du Canada, le Tribunal d’appel des transports du Canada & les 16 sociétés d’État
L’Office constitue un tribunal autonome régissant dans les décisions prises concernant trois moyens de transport : le ferroviaire, le maritime et l’aérien. Quant au Tribunal d’appel des transports du Canada, réviser quelques mesures administratives qui ont été prises par différents organismes fédéraux reliés au transport aérien et ferroviaire. Les deux institutions précédentes ne s’occupent donc pas du transport routier en tant que tel. Enfin, 16 sociétés œuvrant dans le secteur du transport au Canada et constituant les plus grandes entreprises dans leurs domaines d’expertise se sont vues attribué l’honneur de relever de la société d’État du portefeuille des TIC.
Comme mentionné auparavant, le ministère des Transports a délégué ses pouvoirs de la gouvernance du transport routier aux provinces. Ceci s’explique entre autres par le caractère spécifique des compagnies de cette industrie - la plupart sont des compagnies s’occupant du transport pour autrui ou exploitant leur propre flotte - et l’indépendance de sa structure – l’industrie du camionnage est plutôt régit par ses compagnies et ses associations mais bien évidemment en respectant les normes et règles précisées par le portefeuille des TIC.
Pour la gouvernance provinciale, chaque province dispose d’un système de gouvernance locale régit par le TIC mais disposant d’un large éventail de responsabilités lui permettant d’assurer la sécurité routière et les normes provinciales de l’industrie.
La gouvernance dans l’industrie du camionnage au Québec
Comme indiqué auparavant, les activités commerciales entre le Canada et les États-Unis sont majoritairement supportés par les deux grandes provinces de l’Est : l’Ontario et le Québec. De plus, le Québec dispose de la porte d’entrée la plus achalandée au niveau de l’Est du Canada, d’autre part, le port de Halifax, de Québec et surtout de Montréal jouent un rôle principal dans le Corridor de commerce Québec-Ontario qui constitue une artère principale pour l’économie canadienne (Transport Canada, 2007).
Il importe donc de mettre plus l’accent sur l’industrie du camionnage dans la province du Québec. Nous commencerons par fournir l’état de la gouvernance provinciale au niveau de cette province. Les institutions impliquées dans la gouvernance du transport routier au Québec sont d’abord le ministère des Transports du Québec, ensuite la Commission des transports du Québec et finalement la Société de l’assurance automobile du Québec.
Le ministère des Transports du Québec
Le ministère des Transports du Québec est responsable de « assurer, sur tout le territoire, la mobilité des personnes et des marchandises par des systèmes de transport efficaces et sécuritaires qui contribuent au développement durable du Québec »1. C’est le ministère des Transports du Québec qui opérationnalise l’industrie du camionnage au Québec : il s’occupe bien évidemment de la mise en œuvre des programmes discutés au plus haut niveau (TIC) mais la normalisation, l’application et le suivi des opérations s’effectue sous son aile.
Commission des transports du Québec (CTQ)
Le ministère soutient financièrement la Commission des transports du Québec. Cette dernière a pour mission d’assurer la qualité du service des trois industries de transports ainsi que de la sécurité routière, maritime et ferroviaire, également, – ce qui concerne l’industrie du camionnage - constitue Le Tribunal indépendant pour l’industrie du transport par camion : elle étudie en effet tous les dossiers reliés aux transporteurs du poids lourd au Québec, reportés par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).
Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)
La SAAQ pour mission de « contrôler l’application, sur route et en entreprise, des lois et des règlements qui régissent l’industrie du transport des personnes et des biens. De plus, par son expertise et sa présence sur l’ensemble du territoire québécois, elle intervient dans l’application de programmes visant la conformité mécanique des véhicules. Pour ce faire, elle contrôle le réseau de mandataires en vérification mécanique et procède à l’attestation, au suivi et au contrôle des entreprises inscrites au Programme d’entretien préventif (PEP) ». La SAAQ s’occupe du contrôle de la sécurité des véhicules avant de prendre la route, c’est-à-dire en entreprise et aussi sur la route.
Il y a également plusieurs autres pouvoirs gouvernementaux qui agissent sur l’industrie du camionnage, soit :
• La Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) & le Code canadien du travail : ces deux organismes agissent sur les normes de la santé et de la sécurité au travail.
• Le Forum des intervenants de l’industrie du camionnage général & la Commission des normes du travail : ils agissent en titre informatif et documentaire de manière active.
Finalement, nous retrouvons plusieurs associations et divers organismes agissant sur le camionnage au Québec d’une manière ou d’une autre, mais leur influence est beaucoup plus réduite.
Étant donné l’importance de la loi 430 dans le transport par camion, il importe de rappeler que des modifications y ont été apportées, notamment sur les propriétaires exploitants de véhicules lourds ayant pour principal objectif de faciliter l’identification de l’exploitant d’une opération de transport (Transport Canada 2007). Cette loi a surtout visé à améliorer la sécurité du transport routier en mettant l’accent sur le nombre d’heures de conduite et de repos, la gestion des infractions et des accidents et la sécurité routière du conducteur.
NDLR : La seconde partie de cet article sera publiée dans le numéro de juillet/août 2010 de Gestion & Logistique.
1Ministère des Transports du Québec : http://www.mtq.gouv.qc.caMaryem AhbibCandidate au doctorat en management et technologieProgramme conjoint de l’UQAM, l’Université de Montréal, l’Université McGill, et l’Université ConcordiaTél. : (514) 677-9551
Courriel : ahbib.maryem@courrier.uqam.ca













