
Le recyclage assurera-t-il un avenir au polystyrène ?
Fabienne Biasotto, chercheure au CÉPROCQ, figurait parmi les conférenciers invités à la 3e Conférence internationale en écologie industrielle organisée par le CTTÉI, les 14 et 15 octobre, au Cégep de Sorel-Tracy. Elle a expliqué l’importance de trouver de nouvelles façons de récupérer et de réutiliser le PSE qui comporte plusieurs avantages.
« Le PSE est entre autres un matériau non toxique et non cancérigène. Il est inerte, donc sans goût ni odeur, et stable dans le temps. Il a une faible masse volumétrique, puisqu'il comporte 98 % d'air. Il offre de très bonnes performances thermiques face à la chaleur et au froid, ainsi qu'une bonne résistance à la compression et aux chocs. Le PSE est également étanche à la pluie et à la poussière, offre un très bon rapport qualité/prix et nécessite peu de pétrole pour sa fabrication, soit seulement 0,1 % », a souligné Mme Biasotto dans sa conférence.
L’objectif de son équipe consiste notamment à trouver une façon pour diminuer les coûts de transport du PSE et traiter autant le polystyrène souillé que propre. La production mondiale de styrène en 2006 était de l'ordre de 24,9 millions de tonnes. Sa consommation planétaire s'élevait à 15 millions de tonnes en 2004. Le Japon, par exemple, a recyclé plus de 83 % du PSE produit et utilisé sur son territoire en 2008. Au Québec, la quantité générée de polystyrène en 2001 était de 53 000 tonnes, dont 26 500 tonnes par les secteurs institutionnel, commercial et industriel.
La réalité du Québec en matière de recyclage du polystyrène diffère toutefois de celle du Japon. Selon Fabienne Biasotto, les avantages du PSE comportent également leur lot d’inconvénients lorsque l’hypothèse de son acheminement à des usines de recyclage est évoquée.
« Le coût élevé pour transporter du PSE au Québec versus le faible coût de production, les distances importantes à parcourir et la faible masse volumétrique du produit constituent entre autres des facteurs majeurs nuisant à la mise en place de procédures de recyclage du PSE par les entreprises manufacturières et de détail. Les compagnies de transport qui doivent acheminer le produit à des centres de recyclage calculeront le coût d'un chargement selon son poids total. Plus le chargement sera léger, plus cher il en coûtera, par exemple, à un détaillant qui voudrait faire transporter des quantités importantes de PSE par camion. Autre problème : le PSE est exclu des programmes de collecte sélective. Les entreprises préfèrent le faire enfouir parce que ça ne coûte qu’environ 60 $ par tonne », précise Mme Biasotto en entrevue.
Selon elle, le broyage (pour réutilisation du PSE en caissons isothermes) la compression à chaud ou à froid (afin de fabriquer des panneaux pour l’isolation de bâtiments et des emballages non alimentaires) et l'extrusion (visant à produire des contenants en plastique rigide tels que pots de fleurs, boîtiers de disques compacts, etc.) demeurent les façons les plus habituelles de valoriser le PSE. Ces méthodes ont toutefois leurs limites.
« La compression et l'extrusion ne règlent pas tout. En cas d’extrusion du PSE, sa dissolution est d’abord nécessaire. Cependant, tout le PSE utilisé dans le domaine alimentaire est souillé. Il ne peut donc être extrudé directement. Des tests avec du PSE tâché de sauce à spaghetti l’ont démontré. De plus, il existe une autre approche visant à réduire les volumes de déchets, c'est-à-dire en rendant soluble le PSE via un solvant organique. Là encore, le polymère est difficile à récupérer sous forme pure parce que le solvant ne s'évapore pas adéquatement », confie Mme Biasotto.
Son équipe et elle ont eu recours à un solvant organique commercial émulsifié dans l'eau plutôt qu'à un solvant organique seul pour solubiliser et nettoyer le PSE. Ils ont obtenu une gomme à base de PSE malléable telle une pâte à modeler. Bien que le résultat soit intéressant, le manque d'adhérence du produit constitue tout de même un autre obstacle à surmonter pour ces chercheurs.













