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UNE CHAÎNE LOGISTIQUE À ACCÈS RESTREINT À L’USINE IBM DE BROMONT

Par : Eric Cloutier

Même les cadres et employés n'ont pas automatiquement tous accès à l'ensemble de ces salles contrôlées par des systèmes de verrouillage électronique. Il faut mentionner que 60 % des 850 000 pieds carrés de l'usine sont constitués de salles blanches isolées. Cela explique entre autres les difficultés éprouvées pour photographier l’intérieur de l’usine dans le cadre de ce reportage. La plupart des clichés - de piètre qualité parce que pris dans des angles éloignés à partir de corridors vitrés - ont été captés à travers des fenêtres à petit carrelage.

« C'est sûr que la disposition des lieux est passablement différente des lignes de production et du plancher d'un autre type d'usine plus standard. On n'a pas vraiment le choix de procéder de cette manière, parce qu'il y a des salles où des techniciens, des ingénieurs et d'autres employés spécialisés travaillent avec de fines pièces électroniques dans un environnement qui doit être extrêmement contrôlé pour éviter, par exemple, que des particules de poussière s'infiltrent dans certaines salles où se trouvent des composantes servant à l’assemblage des ­produits. Plus de la moitié de l'usine est utilisée pour des activités de production. Le reste de l'usine est constitué d'espaces à bureaux et de sections réservées pour l'approvisionnement, l'entreposage et l'expédition », explique Jean-Guy Fournier, responsable des communications de l'usine d'IBM à Bromont dont la visite des installations a été rapide.

Un bref historique d'IBM

Plusieurs l'ignorent sans doute mais la multinationale américaine IBM (International Business Machine), dont le siège social est à New York, a une longue histoire dont les débuts remontent à 1911. La division canadienne de l'entreprise, connue sous le nom IBM Canada Incorporated, a, pour sa part, pris naissance en 1917.

« En 1918, IBM produisait des équipements de comptage du temps. En 1919, elle commença à fabriquer des balances, des coupe-fromages et des moulins à café. Dans les années 1920, IBM commença à produire des tabulatrices et des trieuses, tandis que les machines à écrire électriques sont apparues sur notre chaîne de production au cours de la décennie 1930. On était loin de ce que la compagnie fait aujourd'hui », raconte, pour sa part, Raymond Leduc, directeur général de l'usine de Bromont.

En 1948, une première calculatrice à séquences électriques a été produite par IBM. Il en a été de même en 1953 pour l'IBM 701, le premier ordinateur destiné aux calculs scientifiques. En 1963-1964, l'équipe et les systèmes informatiques d'IBM assurent le suivi des vols spatiaux habités qu'ont effectués les fusées Mercury.

« L'année 1964 a été important dans l'histoire d'IBM parce qu'elle a marqué la sortie de l'IBM 360, soit la première gamme ­d'ordinateurs au monde à utiliser les mêmes logiciels et les mêmes périphériques », renchérit M. Leduc.

IBM Canada Ltée, qui est classée parmi les cent meilleurs employeurs du Canada et qui s'est doté d'une politique de protection de l'environnement dès 1971, est de nos jours l’un des plus grands fournisseurs de technologies informatiques de pointe, de produits, de services et de conseils spécialisés en affaires. Sa mission consiste à aider ses clients à innover et à réussir par la transformation intégrale de leurs modèles d’entreprise et la mise en œuvre de technologies et de solutions d’affaires. Alors qu'en 1981, les ordinateurs personnels devenaient fort populaires et que le carnet de commandes d'IBM était bien rempli, la compagnie lançait, dix ans plus tard, son groupe de services-conseils.

La multinationale compte aujourd'hui parmi les chefs de file en matière d'exportation de technologies de l'information.

IBM possède le plus important laboratoire de développement de logiciels au Canada à Markham (Ontario) où travaillent 3000 personnes, tandis que son usine de Bromont, construite et inaugurée en 1972, contient 50 % des installations de production de pointe de la compagnie. Cela fait de l'usine bromontoise, qui embauche 2500 employés hautement qualifiés, le plus important établissement IBM de mise sous boîtier et de test de semi-conducteurs au monde.

« En 2004, IBM a délaissé la fabrication d'ordinateurs personnels en vendant les actifs liés à cette activité à Lenovo. IBM a choisi plutôt de concentrer ses efforts sur la fabrication de composantes destinées aux ordinateurs, consoles de jeux vidéos tels que Play Station 3 et Xbox, caméscopes et appareils photos numériques. Nous fabriquons environ 50 millions d'unités par année. Ça veut dire entre 100 000 et 120 000 unités par jour. Plus de la moitié de nos marchandises sont destinés à des clients externes, tels que Sony, Microsoft, et Nintendo. On fabrique entre autres pour la Chine », précise Raymond Leduc.

Une chaîne de valeurs sans chevauchement

L'avion demeure le mode de transport priorisé par IBM pour ses expéditions de commandes outremer. Cependant, en sol nord-américain, IBM a développé, ces dernières années, une chaîne de valeurs sans chevauchement entre les trois usines qu'elles possèdent à Bromont, Burlington (Vermont) et Fishkill (État de New York). Pour le transport de marchandises entre ses trois usines, IBM a recours des transporteurs indépendants (3PL). Raymond Leduc souligne qu'il entre généralement deux à trois camions de livraison par jour à l'usine de Bromont

« Chaque usine a un mandat bien déterminé. Celui de l'usine de Burlington consiste en la fabrication de certaines composantes électroniques telles que des tranches ou des gaufres (Wafer) de 200 millimètres, tandis que l'usine de Fishkill développe des gaufres de 300 millimètres et que la nôtre fabrique les boîtiers à partir des gaufres qu’elle reçoit. Nos clients veulent qu'on leur livre des composantes selon des échéanciers serrés. Notre calendrier de production est également très serré. Nous avons procédé à une réduction de notre temps de cycle de production, car c'était essentiel. Dans le cadre de l'organisation de notre chaîne de valeurs, je suis responsable, en tant que directeur d'une des trois usines, d'une partie de la production commune aux trois. Nous avons des conférences téléphoniques régulièrement. On travaille sur le même matériel. Notre chaîne de valeurs repose avant tout sur une organisation géographique. Nous avons développé une formule de type "lean managment and manufacturing" sur un modèle d'usines productrices et d'usines consommatrices », explique Raymond Leduc.

Selon lui, l'expérience d'une chaîne de valeurs multi sites a été instaurée au début de l'année 2008 par IBM dans ses usines de Fishkill, Burlington et Bromont.

« Pour nous, ce projet a été extrêmement bénéfique. Nous avons réduit notre temps de cycle global de production de l'ordre de 50 % et augmenté notre capacité de production de 25 %. Notre temps de cycle est passé de 30 à 15 jours. Le fait de travailler plus vite sur notre chaîne de valeurs a fait en sorte que le temps d'utilisation de la machinerie liée à la production n'a pas augmenté. En revanche, le temps d'attente pour les clients a diminué », spécifie M. Leduc.

L'usine de Bromont fonctionne à raison de 24 heures par jour, sept jours par semaine. Cinq équipes d'employés se partagent le travail, trois durant la semaine et deux qui se relaient sur des quarts de travail de 12 heures la fin de semaine. Raymond Leduc souligne qu'avec la mise en place d'une chaîne de valeurs à caractère géographique, une partie des gaufres faites dans les usines américaines sont acheminées à Bromont pour être assemblées, testées et ensuite retournées aux usines américaines d’IBM pour l’étape d’assemblage du produit final.

Mentionnons enfin que l'usine bromontoise compte quatre quais de chargement. Ses chaînes de montage et logistique fonctionnent somme toute selon un principe d'îlots d'automation flexibles.

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